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Restitution du dépôt de garantie : délais, retenues et erreurs du bailleur
Un mois ou deux mois depuis la remise des clés, retenues justifiées, pénalité de 10 % du loyer par mois de retard : les règles de restitution du dépôt de garantie côté bailleur, et les pièges à éviter.
La restitution du dépôt de garantie est l’une des fins de bail les plus mal traitées. Certains bailleurs croient disposer de six mois « pour faire les comptes » ; d’autres retiennent le dépôt par principe contre des loyers impayés mal chiffrés, et se retrouvent condamnés à payer davantage qu’ils ne réclamaient. Or les règles sont simples, chiffrées et vérifiées au texte de l’article 22 de la loi du 6 juillet 1989.
Le sujet devient encore plus sensible quand le locataire part en laissant des dettes : le dépôt est alors la première ressource du bailleur, à condition de la retenir correctement — et de savoir que tout ce qui dépasse reste à recouvrer par une procédure.
Ce guide fait le point, côté bailleur : délais à compter de la remise des clés, pénalité de retard, retenues autorisées et leur justification, cas de l’état des lieux manquant, et le régime à part du bail commercial réformé en 2026.
À retenir
- Délai de restitution : 1 mois si l’état des lieux de sortie est conforme à l’état des lieux d’entrée, 2 mois sinon — à compter de la remise des clés, en main propre ou par lettre recommandée (art. 22 de la loi de 1989).
- Retard de restitution : 10 % du loyer mensuel hors charges par période mensuelle commencée — pas le taux d’intérêt légal, qui est l’ancien régime.
- Retenues possibles, à condition de les justifier : loyers et charges impayés, réparations locatives au vu des états des lieux comparés, charges dues au syndic, provision de 20 % maximum en copropriété.
- La vétusté — l’usure normale — est à la charge du bailleur, même si la réparation figure sur la liste des réparations locatives.
- Les impayés au-delà du dépôt ne s’effacent pas : ils se recouvrent, mise en demeure puis juge des contentieux de la protection, dans le délai de trois ans qui court aussi contre le bailleur.
Un mois ou deux mois : le délai court depuis la remise des clés
L’article 22 de la loi du 6 juillet 1989 fixe le point de départ avec précision : le délai court à compter de la remise des clés au bailleur ou à son mandataire, faite en main propre ou par lettre recommandée avec demande d’avis de réception. Ni la date de l’état des lieux de sortie, ni la fin théorique du bail, ni la date de réception du courrier de préavis : c’est la remise des clés.
Le délai lui-même est de deux mois par défaut. Il est ramené à un mois lorsque l’état des lieux de sortie est conforme à l’état des lieux d’entrée — conforme, pas identique au détail : des traces d’usure normale n’empêchent pas la conformité, c’est la différence de destination qu’il faut regarder. Se croire dans le délai d’un mois alors que l’état des lieux de sortie n’est pas conforme est l’erreur la plus coûteuse du bailleur, car elle déclenche la pénalité de retard.
Deux précisions utiles : le locataire doit indiquer sa nouvelle adresse lors de la remise des clés — exigez-la, elle conditionne sa protection en cas de retard ; et les mêmes délais valent pour le meublé, tandis que le bail mobilité interdit purement et simplement le dépôt de garantie.
- Point de départ : remise des clés en main propre ou par LRAR.
- 1 mois si l’état des lieux de sortie est conforme à celui d’entrée ; 2 mois sinon.
- Demander la nouvelle adresse du locataire à la remise des clés.
- Meublé : mêmes délais ; bail mobilité : dépôt interdit.
Le retard coûte 10 % du loyer mensuel, par période commencée
À défaut de restitution dans les délais, le dépôt de garantie restant dû est majoré d’une somme égale à 10 % du loyer mensuel en principal — le loyer hors charges — pour chaque période mensuelle commencée en retard. Une seule exception : la majoration n’est pas due lorsque le retard résulte de l’absence de transmission par le locataire de l’adresse de son nouveau domicile. C’est la règle actuelle de l’article 22, en place depuis la loi ALUR du 24 mars 2014.
Attention aux sites qui reprennent l’ancien régime : avant 2014, le solde non restitué produisait intérêt au taux légal. Ce n’est plus le cas — écrire ou compter autrement expose à un décompte faux. Exemple concret : dépôt de 1 200 €, loyer de 850 € hors charges, état des lieux de sortie non conforme et restitution au bout de trois mois et demi de retard : 4 périodes mensuelles commencées × 85 € = 340 € de majoration, soit 1 540 € dus si aucune retenue n’est justifiée.
La pénalité se joue surtout sur la retenue contestable : une retenue sans justification est traitée comme un dépôt non restitué. Le moyen le plus simple de ne jamais la payer est de restituer ou de justifier dans le délai, décompte en main.
- 10 % du loyer mensuel hors charges, par période mensuelle commencée en retard.
- Exception : locataire n’ayant pas transmis sa nouvelle adresse.
- L’ancien régime du taux d’intérêt légal a été remplacé par la loi ALUR de 2014.
- Une retenue non justifiée est traitée comme un retard de restitution.
Ce que le bailleur peut retenir — et comment le justifier
L’article 22 autorise la restitution « déduction faite des sommes restant dues au bailleur et des sommes dont celui-ci pourrait être tenu, aux lieu et place du locataire, sous réserve qu’elles soient dûment justifiées ». En pratique : les loyers et charges impayés, retenus par voie de compensation (art. 1347 du code civil) ; les réparations locatives non faites, constatées par la comparaison des états des lieux d’entrée et de sortie, chiffrées par devis ou facture ; les charges que le bailleur doit régler au syndic à la place du locataire.
En copropriété, une provision de 20 % maximum du dépôt peut être retenue le temps de l’arrêté des comptes provisoire de l’immeuble, avec régularisation dans le mois suivant l’approbation définitive des comptes. Au-delà, la retenue provisionnelle devient excessive.
La justification n’est pas une politesse : c’est l’exigence légale. Les documents qui tiennent devant le juge sont les états des lieux comparés, des photographies, un constat de commissaire de justice, des devis ou factures de travaux — et, pour des loyers impayés, la lettre de réclamation restée sans réponse. Un décompte chiffré joint au remboursement du solde règle la plupart des litiges avant qu’ils naissent.
- Loyers et charges impayés : retenue possible par compensation (art. 1347 du code civil).
- Réparations locatives : justifiées par les états des lieux comparés, devis ou factures.
- Copropriété : provision de 20 % maximum, régularisée après l’approbation des comptes.
- Aucune retenue sans justificatif : exigence légale, pas un usage.
Vétusté : l’usure normale est à la charge du bailleur
La peinture passée par le temps, la moquette usée, la tapisserie délavée : ce sont des dommages causés par la vétusté, et ils sont à la charge du propriétaire, même si la réparation nécessaire figure sur la liste des réparations locatives. Retenir le dépôt pour de l’usure normale est une erreur qui transforme une restitution banale en condamnation avec pénalité de retard.
Pour départager l’usure normale de la détérioration, bailleur et locataire peuvent appliquer une grille de vétusté — elle définit une durée de vie théorique et un coefficient de réduction annuel. Elle est facultative : à défaut de grille, l’appréciation se fait au cas par cas, sur pièces. Les grilles issues d’un accord collectif, prévues par le décret n° 2016-382, servent de référence quand les parties les ont adoptées.
La ligne de séparation tient en une question : le logement rendu est-il usé (bailleur) ou abîmé (locataire) ? Les états des lieux comparés tranchent — à condition qu’ils aient été faits, ce qui est l’objet de la section suivante.
- Usure normale : à la charge du bailleur, même si la réparation est locative.
- Grille de vétusté facultative (décret n° 2016-382) : aide à chiffrer, pas à inverser.
- Tout se joue sur la comparaison des états des lieux d’entrée et de sortie.
Sans état des lieux de sortie, tout se complique
Le locataire ne se présente pas au rendez-vous, refuse de faire ou de signer l’état des lieux de sortie : le bailleur saisit un commissaire de justice pour dresser le constat locatif, avec des frais partagés par moitié et une convocation au moins sept jours à l’avance. Le rapport s’impose aux parties. Si le locataire ne se présente pas au constat, c’est le juge des contentieux de la protection qu’il faut saisir : il constate le refus et désigne un commissaire de justice pour obtenir la remise des clés.
Le renversement existe aussi contre le bailleur. S’il est absent au rendez-vous du commissaire de justice, le locataire restitue les clés par lettre recommandée et, en l’absence d’état des lieux de sortie, il est considéré comme ayant remis le logement en bon état : la retenue pour dégradations devient alors quasi impossible.
Quant à l’état des lieux d’entrée manquant, les présomptions jouent contre celui qui a empêché qu’il soit fait : s’il s’agit d’un refus du bailleur après mise en demeure, il devra prouver avoir donné le logement en bon état d’usage ; s’il s’agit d’un refus du locataire ou d’une négligence des deux, le locataire est réputé avoir reçu le logement en bon état et doit le rendre en bon état, sauf preuve contraire. Les états des lieux sont la colonne vertébrale de la retenue : sans eux, il ne reste presque rien.
- EDL de sortie impossible : constat par commissaire de justice, frais partagés par moitié.
- Locataire absent au constat : saisine du juge des contentieux de la protection.
- Bailleur absent au constat : locataire réputé avoir rendu le logement en bon état.
- EDL d’entrée manquant : présomptions défavorables à celui qui y a fait obstacle.
Quand le dépôt ne suffit pas à couvrir les impayés
Retenir le dépôt sur des loyers impayés est légal — c’est une compensation, qui éteint la dette à due concurrence. Mais le dépôt n’est qu’une garantie, pas une purge : au-delà de son montant, la créance subsiste et se recouvre. La marche à suivre est celle du guide général sur les loyers impayés : mise en demeure, commandement de payer, puis procédure devant le juge des contentieux de la protection.
Et le temps travaille contre le bailleur : la prescription de trois ans de l’article 7-1 de la loi de 1989 court aussi sur ses créances. Un dépôt retenu « en attendant » pendant des années, sans décompte ni réclamation, fait perdre à la fois la pénalité de retard contestable et, plus grave, le droit de recouvrer les impayés anciens.
Deux interdits à connaître dans l’autre sens. Le locataire qui déduit son dépôt du dernier loyer est en tort : le bailleur peut refuser de lui délivrer une quittance, pratiquer une saisie conservatoire sans juge et lui réclamer les loyers dus et des dommages-intérêts. Et le dépôt de garantie n’est ni révisable ni extensible : on ne peut pas l’augmenter en cours de bail ni exiger d’autres sommes à la signature — c’est la fonction d’une caution, dans le respect de ses propres règles.
- Le dépôt compense à due concurrence ; le surplus se recouvre par la procédure.
- Prescription de trois ans (art. 7-1) : elle court aussi contre le bailleur.
- Locataire qui impute le dépôt sur le dernier loyer : en tort, saisie conservatoire possible.
- Dépôt non révisable en cours de bail ni au renouvellement.
Bail commercial et professionnel : un régime à part, réformé en 2026
La loi de 1989 ne s’applique qu’à l’habitation : le dépôt de garantie d’un bail commercial relève du code de commerce, celui d’un bail professionnel des règles librement fixées au contrat. Pendant longtemps, cela signifiait un montant sans plafond et l’absence de tout délai légal de restitution. Ce monde vient de changer.
Depuis le 28 mai 2026, pour les baux commerciaux conclus ou renouvelés à cette date — le local commercial, pas les bureaux ni les entrepôts —, le dépôt de garantie est plafonné à un trimestre de loyer, plafond étendu aux garanties de substitution (caution bancaire, garantie à première demande, hypothèque, nantissement de compte), et le dépôt ne produit pas d’intérêts. La restitution doit intervenir dans les trois mois de la remise des clés, ou six mois pour restituer les garanties d’un autre type.
La réforme atteint aussi le stock : pour les baux commerciaux en cours d’exécution au 26 mai 2026, ces règles de restitution s’appliquent à compter du 26 août 2026, et la restitution incombe alors au nouveau bailleur en cas de vente du local. Un bailleur de local commercial doit donc désormais traiter la sortie de son preneur avec la même rigueur de délai qu’un bailleur d’habitation — sous sa propre sanction contractuelle et, à terme, légale.
- Habitation : art. 22 de la loi de 1989 ; commercial et professionnel : autres régimes.
- Baux commerciaux ≥ 28/05/2026 (art. L145-40 du code de commerce) : dépôt plafonné à un trimestre, restitution sous 3 mois.
- Baux en cours au 26/05/2026 : règles de restitution applicables depuis le 26/08/2026.
- Vente du local : le nouveau bailleur restitue les sommes versées à titre de garantie.
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Questions fréquentes
Quel est le délai légal pour rendre le dépôt de garantie ?
Deux mois à compter de la remise des clés, ramenés à un mois lorsque l’état des lieux de sortie est conforme à l’état des lieux d’entrée (art. 22 de la loi du 6 juillet 1989). La remise des clés doit se faire en main propre ou par lettre recommandée avec accusé de réception.
Que risque le bailleur s’il restitue le dépôt en retard ?
Le solde restant dû est majoré de 10 % du loyer mensuel hors charges pour chaque période mensuelle commencée en retard. Cette majoration n’est pas due lorsque le retard résulte de l’absence de transmission de la nouvelle adresse du locataire. L’ancien régime du taux d’intérêt légal ne s’applique plus.
Peut-on garder le dépôt de garantie pour des loyers impayés ?
Oui, à titre de retenue justifiée : l’article 22 autorise la déduction des sommes restant dues, à condition de les chiffrer — décompte des loyers et charges dus, lettre de réclamation restée sans réponse. Le dépôt compense à due concurrence ; au-delà, les impayés se recouvrent par mise en demeure puis procédure devant le juge des contentieux de la protection.
Le locataire ne rend pas les clés ou refuse l’état des lieux : que faire ?
Saisir un commissaire de justice pour dresser le constat locatif (frais partagés par moitié, convocation au moins sept jours à l’avance). Si le locataire ne se présente pas, le juge des contentieux de la protection constate le refus et désigne le commissaire de justice pour obtenir la remise des clés.
Le dépôt de garantie d’un local commercial suit-il les mêmes règles ?
Non : la loi de 1989 ne s’applique qu’à l’habitation. Depuis la réforme des baux commerciaux effective au 28 mai 2026, le dépôt est plafonné à un trimestre de loyer et doit être restitué dans les trois mois de la remise des clés (six mois pour les garanties d’un autre type), ces règles s’appliquant depuis le 26 août 2026 aux baux en cours.