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locataire refuse de quitter les lieux après congé

Le locataire refuse de partir après le congé : que peut faire le bailleur

Congé délivré, bail arrivé à échéance, et le locataire reste : changer la serrure est un délit, la voie préfectorale antilocative ne s’applique pas. Voici la procédure devant le juge des contentieux de la protection, l’indemnité d’occupation, les délais après le jugement et la trêve hivernale.

Mis à jour le 13 octobre 2026Lecture : 8 minGuide propriétaire bailleur

Le congé a été délivré dans les formes, le bail est arrivé à son terme — et le locataire ne part pas. C’est une situation plus courante qu’on ne croit, et l’une de celles où le bailleur commet le plus d’erreurs : beaucoup tentent de régler le problème par la pression, quand le droit ne laisse qu’un chemin, celui du juge.

Le point le plus contre-intuitif : même un ex-locataire qui reste après la fin de son bail n’est pas un « squatteur » aux yeux de la procédure préfectorale antilocative. Le maintien dans les lieux après un bail arrive à terme relève du litige classique entre propriétaire et locataire — donc d’une assignation, pas d’un signalement au préfet.

Ce guide détaille ce que le bailleur peut faire immédiatement, ce qui est interdit sous peine pénale, la procédure devant le juge des contentieux de la protection, l’indemnité d’occupation qu’on peut réclamer, et ce qui se passe après le jugement.

À retenir

  • À l’échéance du bail, le locataire doit restituer les clés ; s’il reste, il occupe sans droit ni titre et doit une indemnité d’occupation, en principe au niveau du loyer.
  • Seul un jugement permet l’expulsion : changer la serrure, entrer dans le logement ou forcer le départ expose à des sanctions pénales (jusqu’à 3 ans d’emprisonnement).
  • La procédure préfectorale des squatteurs (art. 38 de la loi DALO) n’est pas applicable à un ex-locataire : il est entré en vertu d’un bail, pas par manœuvres.
  • L’assignation est portée devant le juge des contentieux de la protection : constater le terme du bail, ordonner l’expulsion, condamner à l’indemnité d’occupation. La clause résolutoire n’a pas lieu d’être s’il n’y a pas d’impayés.
  • Après le jugement : commandement de quitter les lieux, deux mois (réductibles en cas de mauvaise foi), puis expulsion par le commissaire de justice — et trêve hivernale si l’expulsion n’est pas exécutée au 1er novembre.

Avant tout : un congé qui vaut

Tout commence par la validité du congé, car c’est la première chose que contestera un locataire qui veut gagner du temps. Dans un bail d’habitation, le congé du bailleur doit être reçu au moins six mois avant l’échéance du bail pour un logement vide, trois mois pour un logement meublé. Il est motivé : vente, reprise pour y habiter ou y loger un proche, ou motif légitime et sérieux.

La forme est impérative : lettre recommandée avec accusé de réception, acte de commissaire de justice, ou remise en main propre contre émargement ou récépissé. Un simple courriel ne vaut jamais congé. Un congé donné trop tôt reste valable, mais prend effet à la date à laquelle il aurait dû être donné — autant dire que la précision du calendrier protège les deux parties.

Une exception à connaître avant d’espérer le départ : le locataire protégé. Si le locataire, ou la personne à sa charge, a plus de soixante-cinq ans et des revenus sous les seuils fixés par la loi — et que le bailleur n’est pas lui-même âgé ni sous les mêmes seuils —, le bail se renouvelle de plein droit. Le congé n’aboutira pas, sauf exception limitée (reprise par un bailleur de plus de soixante-cinq ans, logement qui n’est pas sa résidence principale).

  • Délai : 6 mois avant l’échéance (logement vide), 3 mois (meublé).
  • Motifs : vente, reprise, motif légitime et sérieux.
  • Forme : LRAR, acte de commissaire de justice ou remise en main propre — jamais un courriel.
  • Locataire protégé (+ 65 ans, revenus sous les seuils) : renouvellement de plein droit.

Ce que le bailleur n’a pas le droit de faire

Face à un locataire qui reste, trois réflexions reviennent — changer la serrure, couper l’eau ou l’électricité, aller déménager ses affaires. Toutes sont des fautes, et les deux premières exposent pénalement le bailleur. Seul un jugement permet l’expulsion, et seul un commissaire de justice peut l’exécuter.

Le code pénal punit de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 € d’amende le fait d’introduire ou de se maintenire dans le domicile d’autrui par manœuvres, menaces, voies de fait ou contrainte (art. 226-4). Il punit de trois ans et 30 000 € le fait de forcer un tiers à quitter le lieu qu’il habite sans passer par le concours de la force publique prévu par la loi (art. 226-4-2) — un texte précisément visé par les expulsions « à la main du bailleur ». Après un jugement d’expulsion définitif, le simple fait de refuser de partir est lui-même un délit, puni de 7 500 € d’amende.

Couper les fluides pour pousser au départ n’a pas de sanction codifiée unique, mais ces manœuvres constituent une faute civile — elles peuvent engager la responsabilité du bailleur et se retourner contre lui au procès. En pratique, elles fournissent surtout au locataire un contre-feu judiciaire : la victime d’une expulsion brutale obtient parfois la reprise du bail ou des dommages-intérêts.

  • Ni changement de serrure, ni entrée dans le logement, ni déplacement des meubles.
  • Violation de domicile : 3 ans et 45 000 € (art. 226-4 du code pénal).
  • Expulsion par voie de fait : 3 ans et 30 000 € (art. 226-4-2).
  • Refus de partir après un jugement définitif : délit, 7 500 € d’amende.

Un ex-locataire n’est pas un squatteur

Depuis la loi DALO de 2007, une procédure dérogatoire permet au préfet d’enjoindre l’évacuation en 48 heures des occupants sans droit ni titre entrés à l’aide de manœuvres, menaces, voies de fait ou contraintes. Beaucoup de bailleurs la découvrent en cherchant « squatteur » sur un moteur de recherche et croient qu’elle s’applique à leur locataire resté après le congé.

Elle ne s’y applique pas. Le texte exige une entrée dans les lieux par manœuvres : un locataire qui occupe en vertu d’un bail n’a rien fait de tel, et les instructions d’application comme les fiches officielles rangeant l’« arrivée à terme du bail » du côté du litige classique entre propriétaire et locataire. La loi du 18 août 2026 dite RIPOST a étendu la procédure préfectorale aux meublés de tourisme et aux locaux commerciaux ou professionnels — pas aux baux d’habitation, dont le régime n’a pas changé.

La conséquence pratique : contre un ex-locataire, la seule voie est judiciaire. C’est aussi ce qui explique que la procédure soit plus lente que pour un squat — mais elle aboutit, à condition d’être menée dans l’ordre.

  • Procédure préfectorale (art. 38 de la loi DALO) : entrée par manœuvres exigée.
  • Un ex-locataire est entré en vertu d’un bail : hors du champ de la procédure.
  • La loi RIPOST du 18 août 2026 vise meublés de tourisme et locaux commerciaux, pas l’habitation.
  • Seule voie : l’assignation devant le juge.

La procédure : assignation devant le juge des contentieux de la protection

Le juge compétent est le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire du lieu de l’immeuble : il connaît des actions issues du contrat de louage d’immeubles à usage d’habitation, comme de celles qui tendent à l’expulsion d’occupants sans droit ni titre (art. L. 213-8 du code de l’organisation judiciaire). Les deux fondements couvrent le cas de l’ex-locataire.

L’assignation demandera en pratique trois choses : constater que le bail est arrivé à son terme (ou le prononcer), ordonner l’expulsion, et condamner le locataire à une indemnité d’occupation. Si le locataire paie encore son loyer — un cas fréquent quand il espère rester —, la clause résolutoire n’a aucune raison d’être actionnée : elle suppose des manquements comme les impayés, et entraînerait une procédure (commandement, signalement à la CCAPEX) qui n’a pas d’objet ici. Le signalement CCAPEX est d’ailleurs réservé au commandement de payer : il n’existe pas d’équivalent pour un congé.

Côté délais, l’audience peut avoir lieu au minimum six semaines après la réception de l’assignation par le défendeur. Aucune durée officielle ne chiffre l’ensemble du parcours — de la fin du bail à l’expulsion, compte tenu du jugement et des délais d’exécution, plusieurs mois s’écoulent le plus souvent. Ce qu’on peut garantir, c’est l’enchaînement : chaque étape sautée est une cause de délai ou d’annulation supplémentaire.

  • Juge des contentieux de la protection, tribunal du lieu de l’immeuble.
  • Demandes : terme du bail, expulsion, indemnité d’occupation.
  • Pas de clause résolutoire à actionner s’il n’y a pas d’impayés — et pas de signalement CCAPEX.
  • Audience au minimum six semaines après la réception de l’assignation.

L’indemnité d’occupation : la dette continue de courir

Le départ du locataire ne règle que la moitié du problème : il reste à payer. Après le terme du bail et sans restitution des clés, l’occupation perd son titre : le maintien dans les lieux ouvre droit à une indemnité d’occupation, que la jurisprudence fonde sur l’absence de droit ni titre — les juridictions du fond condamnent régulièrement l’ex-locataire « en l’absence de restitution des clés ».

Son montant est fixé souverainement par le juge, mais il est en principe calqué sur le loyer et les charges qu’aurait dus le locataire, avec les mêmes indexations. Elle court jusqu’à la remise effective des clés : chaque semaine d’occupation sans titre s’ajoute à la dette, et elle se cumule avec les frais de la procédure — assignation, signification du commandement de quitter les lieux, expulsion.

Deux conseils de cabinet. D’abord, chiffrer précisément l’indemnité dans l’assignation (loyer, charges, dates) plutôt que de la laisser à la seule appréciation du juge. Ensuite, ne pas relâcher la pression amiable pendant le procès : un échéancier signé ou une reconnaissance écrite vaut acceptation de la dette et sécurise le chiffrage, sans interrompre la procédure en cours.

  • Occupation sans titre après le terme : indemnité d’occupation due.
  • En principe au niveau du loyer et des charges, jusqu’à la remise des clés.
  • Se cumule avec les frais de procédure.
  • Chiffrer précisément les demandes dans l’assignation.

Après le jugement : commandement, délais, expulsion

Le jugement rendu — qu’il ordonne l’expulsion ou constate le terme du bail et ordonne la restitution — devient exécutoire. Le commissaire de justice signifie alors un commandement de quitter les lieux. L’expulsion ne peut pas intervenir avant deux mois, sauf si le juge a réduit ou supprimé ce délai, ce qu’il peut faire notamment en cas de mauvaise foi de l’occupant.

Le juge peut aussi accorder des délais aux occupants dont le relogement est impossible — en pratique de un mois à un an, sauf mauvaise foi ou droit de reprise du bailleur. C’est souvent là que se joue la durée réelle de l’opération : un dossier bien préparé anticipe ces délais plutôt que de les découvrir après l’audience.

Si l’occupation se poursuit malgré le commandement, le commissaire de justice procède à l’expulsion, avec le concours de la force publique en cas de résistance — concours que le préfet doit accorder, et dont le refus ouvre droit à une indemnisation du propriétaire. Et si l’expulsion n’a pas pu être exécutée au 1er novembre, la trêve hivernale la suspend jusqu’au 31 mars : le refus de quitter après un congé n’ouvre aucune exception, contrairement à l’entrée dans les lieux par manœuvres.

  • Commandement de quitter les lieux signifié par le commissaire de justice.
  • Deux mois avant expulsion, réductibles ou supprimés en cas de mauvaise foi.
  • Délais possibles jusqu’à un an ; concours de la force publique si résistance.
  • Trêve hivernale applicable (1er novembre – 31 mars).

Baux commerciaux et professionnels : même logique, autre tribunal

Pour un local commercial ou professionnel, le congé du bailleur suit des règles voisines mais distinctes : au moins six mois avant l’échéance du bail triennal, délivré par acte de commissaire de justice (art. L. 145-9 du code de commerce). Les motifs y sont libres mais doivent être indiqués, et leur absence ou leur imprécision se paie en nullité.

Si le preneur reste après l’échéance, l’assignation ne va pas devant le juge des contentieux de la protection — réservé à l’habitation — mais devant le tribunal judiciaire. La demande tend au constat du congé, à l’expulsion et à une indemnité d’occupation ; depuis la loi du 18 août 2026, le maintien dans les lieux à l’expiration d’un bail commercial peut en outre relever de la procédure préfectorale dérogatoire, nouveau dans ce domaine.

Les enjeux économiques étant souvent plus lourds, ces dossiers se préparent d’autant plus soigneusement : un congé irrégulier peut coûter un triennat supplémentaire, bien au-delà des frais de procédure.

  • Congé commercial : 6 mois, par acte de commissaire de justice (art. L. 145-9 c. com.).
  • Tribunal judiciaire — pas le juge des contentieux de la protection.
  • Loi RIPOST 2026 : procédure préfectorale possible pour le maintien après un bail commercial.
  • Un congé irrégulier peut proroger le bail.

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Un congé délivré, un locataire qui reste ?

Le cabinet vérifie la validité du congé, prépare l’assignation devant le juge des contentieux de la protection et conduit la procédure jusqu’au départ effectif — indemnité d’occupation comprise. Réponse le jour même, tarifs de départ publiés.

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Congé vérifié, assignation, expulsion

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FAQ

Questions fréquentes

Le locataire reste après la fin du bail : puis-je changer la serrure ?

Non. Seul un jugement permet l’expulsion, exécutée par un commissaire de justice. Entrer dans le logement, changer la serrure ou forcer le locataire à partir expose à des sanctions pénales : violation de domicile (3 ans et 45 000 €, art. 226-4 du code pénal) ou expulsion par voie de fait (3 ans et 30 000 €, art. 226-4-2).

Peut-on appeler le préfet comme pour un squat ?

Non. La procédure préfectorale de l’article 38 de la loi DALO suppose que les occupants soient entrés par manœuvres, menaces ou voies de fait. Un ex-locataire a entré en vertu d’un bail : son maintien après le terme relève du litige classique propriétaire-locataire, donc d’une assignation devant le juge. La loi RIPOST de 2026 a étendu la voie préfectorale aux meublés de tourisme et aux baux commerciaux, pas à l’habitation.

Quelle est la procédure quand le locataire refuse de partir après le congé ?

Une assignation devant le juge des contentieux de la protection du lieu de l’immeuble, pour faire constater le terme du bail, ordonner l’expulsion et condamner le locataire à une indemnité d’occupation. L’audience peut avoir lieu au minimum six semaines après la réception de l’assignation. Si le locataire paie encore, la clause résolutoire n’a pas à être actionnée.

Le locataire qui reste après le congé doit-il de l’argent ?

Oui. Son occupation perdant tout titre, il doit une indemnité d’occupation, en principe calquée sur le loyer et les charges, jusqu’à la remise des clés. Elle s’ajoute aux frais de la procédure — assignation, signification, expulsion — que la condamnation met en principe à la charge du locataire.

Combien de temps entre le jugement d’expulsion et le départ effectif ?

Après le jugement, le commissaire de justice signifie un commandement de quitter les lieux ; l’expulsion est impossible avant deux mois, sauf réduction ou suppression du délai par le juge en cas de mauvaise foi. Le juge peut aussi accorder des délais jusqu’à un an aux occupants dont le relogement est impossible. Et si l’expulsion n’est pas exécutée au 1er novembre, elle est suspendue jusqu’au 31 mars : la trêve hivernale s’applique.